Coupe du monde 2006 – Problème de la prostitution

Question de Mme Muguette Jacquaint relative à la prostitution lors de la Coupe du Monde de Football 2006. Mme Muguette Jacquaint attire l'attention de M. le ministre de la jeunesse, des sports et de la vie associative sur le fait qu'à l'occasion de la Coupe du monde de football, qui aura lieu en Allemagne du 9 juin au 9 juillet prochain, un gigantesque complexe de 3 000 m², nommé Artémis, aura pour vocation d'offrir aux joueurs comme aux trois millions de spectateurs, en majeure partie des hommes, les prestations de prostituées. Ce bordel géant, conçu sous la forme d'une succession de « cabanes du sexe » à proximité du principal stade de la Coupe, pourra accueillir jusqu'à 650 clients à la fois. Il viendra en appoint aux quartiers réservés déjà existants. A Cologne et Dortmund, des garages en bois seront installés dans ce même objectif. Face à cette situation, la Fédération allemande de football limite son intervention à dénoncer les risques réels de prostitution forcée et de traite d'êtres humains. On parle en effet de 40 000 femmes de l'Est qui pourraient être « importées » en Allemagne à cette occasion. Elle lui demande donc si la France, qui a ratifié les conventions contre la prostitution et la traite, condamne la prostitution en elle-même comme contraire aux valeurs sportives de respect mutuel, si elle compte protester auprès du gouvernement allemand de l'ouverture de tels centres de prostitution et si elle va inciter l'équipe française de football à se dissocier publiquement de cette initiative.

Réponse de M. Jean François Lamour:
Madame Jacquaint, depuis mon arrivée au ministère des sports, en 2002, j'ai mené une politique volontariste qui vise à réaffirmer et à défendre les valeurs du sport. C'est au nom de ces valeurs et de principes éthiques que je promeus le modèle d'organisation du sport français reposant sur l'unité entre sport amateur et sport professionnel, sur la complémentarité entre le haut niveau et un sport accessible au plus grand nombre, notamment aux publics en difficulté. Je me fais du sport une haute idée - je crois que ce sentiment est largement partagé dans cet hémicycle -, car il signifie avant tout le respect de la personne humaine. Or, la prostitution et la traite constituent une négation de ce respect.
J'ai évoqué cette grave question avec Mme Ursula von der Leyen, ministre allemande de la famille, des personnes âgées, de la femme et de la jeunesse, lors du dernier sommet franco-allemand qui s'est tenu à Berlin le 14 mars dernier. Je lui ai d'ailleurs adressé un courrier à la suite de cette rencontre. Mme de Panafieu a, de son côté, signé une pétition contre la construction de cet équipement destiné à la prostitution.
Je me suis également entretenu avec Mme Malka Marcovich, directrice pour l'Europe de la Coalition contre la traite des femmes, organisation internationale qui bénéficie d'un statut consultatif auprès de l'ONU sur les questions de la prostitution.
Sur un plan pratique, j'ai pris l'initiative, avec le président de la Fédération française de football, de m'adresser aux passionnés de football français susceptibles de se rendre en Allemagne pour la Coupe du Monde de football. Un message sera ainsi délivré au public à l'occasion des matchs amicaux de préparation à la Coupe du Monde qui se joueront au Stade de France et peut-être dans d'autres stades français à compter du mois de mai.
Madame la députée, vous pouvez compter sur mon engagement et ma détermination pour rappeler que le sport ne doit jamais être associé à des entreprises à ce point étrangères à son esprit et contraires au respect de la personne humaine.